Ça
aurait put s’appeler «Étranger au Paradis»,
avec des latitudes longues comme des éclats de trompette,
quant au sens. Être un étranger au Paradis ou être
étranger au Paradis ? Être ange et au Paradis ? Êtreétrange
et au Paradis ? Bref ça aurait put s’appeler ainsi.
Et bien non. J’ai préféré vous souhaiter
la bienvenue. Dans mon Paradis à moi. Mais je ne baisse
pas les bras, étrange est mon Paradis…
Qui
dans sa vie n’a jamais reçu de lettre anonyme ?
Vous ? Moi ?
Wep, j’avoue, je n’ai jamais reçu de lettre anonyme,
c’est vrai.
Voici pourtant
quelques réflexions simples sur le raisonnement à avoir
au cas où vous en recevriez une.
Observez d’abord la signature.
Si la lettre est signée "Un ami qui te veux du bien…"
plusieurs conclusions s’imposent.
D’abord s’il adopte le vouvoiement – un ami qui
vous veut du bien -, c’est que cet ami vous veut du bien ET
vous respecte, ouf, ça vaut mieux que l’inverse.
Ensuite il s’agit d’un adepte des lieux communs et des
pléonasmes, ensuite encore vous savez à présent
que cet ami ne vous veut pas de mal, ce qui est déjà
ça de pris. En effet vous avez déjà beaucoup
d’ennemis qui vous veulent du mal, alors, si vos amis s’y
mettent… bref.
Si la lettre commence par "Salut connard…" c’est
que c’est manifestement quelqu’un qui vous connaît
bien. Il vous faut un dessin, en plus ?
Si la lettre se poursuit ainsi : "Je te donne d’abord quelques
nouvelles de ta femme…" vous pouvez en conclure qu’il
s’agit donc d’un ami qui ne vous veut pas de mal, qui
vous connaît bien et qui est proche de la famille. De votre
femme surtout. En tous cas ceci resserre l’étau de vos
convictions.
Poursuivons.
"Pour ton gosse t’inquiètes pas, je te le rendrai,
d’ailleurs, voilà déjà une oreille…"
Ok.
Sachez apprécier avec goût l’humour de votre tout
nouveau copain épistolaire. Vous déduisez aisément
de tout ceci qu’il s’agit d’un ami qui ne vous veut
pas de mal, qui vous connaît bien, qui est proche de la famille,
surtout de votre épouse, qui connaît (ou connaissait)
votre(s) enfant(s) et qui aime bien la rigolade.
Ca se resserre, ça se resserre.
Z’êtes d’accord, non ?
"Si tu veux revoir ton clébard vivant, apporte la somme
de xxx euros en coupures usagées à…"
A ce stade de votre étude, inspectez consciencieusement la
somme exigée. Moins de 100 € = médiocre ou sdf
chronique. Plus de 5000 € = adepte des drogues dures ou utopiste
forcené. Ca devrait vous mettre sur la voie.
Il subsiste une large fourchette, j’en conviens, mais à
force de vous prendre pour un flic et d’éliminer les
suspects…
Cherchez à présent quelqu’un qui n’a jamais
pu encaisser Mirza votre toutou à vous.
Au point de vouloir SA MORT. Hou la la. Brrrrrr.
Tout ça est effrayant mais gardez la tête sur les épaules,
vous vous approchez du but.
Vous avez à présent suffisamment d’éléments
pour savoir qu’
1) il s’agit d’un ami
2) il ne vous veut pas de mal
3) il a honte de son écriture, la preuve, il préfère
se faire c… à découper un journal plutôt
que d’utiliser un stylo
4) il est proche de la famille – enfindevotrefemmesurtout.
5) il adore vos enfants, surtout en pièces détachées
6) il peut pas saquer Mirza
S’il
reste encore beaucoup de coupables potentiels dans votre entourage,
c’est que vous êtes très, très populaire,
bravo, je vous envie d’avoir autant d’amis.
Quoiqu’il en soit, remerciez d’abord celui-ci d’accepter
de vous débarrasser de cette saloperie de clebs qui pisse
partout et bouffe comme huit. Une fois cette chose faite, tentez
de négocier avec lui un paiement par chèque, voire
des versements échelonnés. En effet, compte tenu des
délais d’encaissement obtenus, vous aurez plus de temps
pour emprunter le montant de la rançon.
Emprunter ?
Mais emprunter à qui ?
A qui ?
Mais vous ne manquez pas d’amis, apparemment.
Alors profitez-en. Ils le font bien, eux, non ?
Signé :
« …trop facile, je vous laisse le choix… »