Ça
aurait put s’appeler «Étranger au Paradis»,
avec des latitudes longues comme des éclats de trompette,
quant au sens. Être un étranger au Paradis ou être
étranger au Paradis ? Être ange et au Paradis ? Êtreétrange
et au Paradis ? Bref ça aurait put s’appeler ainsi.
Et bien non. J’ai préféré vous souhaiter
la bienvenue. Dans mon Paradis à moi. Mais je ne baisse
pas les bras, étrange est mon Paradis…
10
janvier 06 - 11 heures
Bouh....
Que de choses se sont passées en mon absence en ces lieux...
Inutile que je tente de vous les résumer, toutes ou en partie,
elles ont été trop nombreuses et totalement dénuées
de positif.
Les plus curieux pourront jeter un oeil dans le journal afin d'en
avoir un bref compte rendu et de savoir plus en détail où,
pendant plus d'un mois, était passé leur Sam adoré.
Que les autres se contentent du présent, c'est parfait ainsi.
Donc, et puisque les civilités en usages n'ont pas été
observée dans les temps impartis, je vous souhaite à
toutes et tous une joyeuse année 2006.
Quelle vous soit heureuse et propice.
Puissiez-vous trouver l'amour si vous ne l'avez pas et que vous
le cherchez.
Puissiez-vous le conserver si vous l'avez et que vous y teniez.
Puissiez-vous vous faire plein de sous, aussi; c'est pas forcément
utile mais ça rend service (paraît-il).
Bref, prenez-votre pied, quand vous voulez, où vous voulez,
prenez votre pied, et le bon. Ha'j'allais oublier qu'au titre des réjouissance de la fin
de la défunte année je me dois de vous souhaiter également
un bon, heureux, joyeux, pimpant etc. Noël.
Ce diable de père Noël dont la hotte recèle bien
des trésors, bien des mystères.
J'espère pour vous qu'il en a déposé quelques
uns au pied de votre sapin à votre intention, car tel est
sa raison d'être, à papa Noël. Vi, soyons sérieux
une minute: ça sert à quoi d'être papa Noël
si on ne fait pas son boulot.
Et quel boulot!
Pour papa Noël, le 24 décembre au soir c'est le coup
de bourre.
Faut pas donner du mou, tout dans la pèche.
Des miyards de choses à faire en même temps, un peu
comme comme dans la série Urgences qui passe quelques fois
à la TV. Pas le temps de plaisanter ou de se polir le polichinel.
J'arrète mes exactions, du travail sérieux m'attends
(vi j'en ai un).
6 janvier 06 – 21
h 00
Désolé.
Même pas pris le temps de vous souhaiter un bon Noël,
une joyeuse année 2006 et tout le bataclan, tout est allé
trop vite.
Je vous passe les détails trop persos mais je vous jure qu’ils
n’ont rien de réjouissants. Juste une étrange
galère faite d’incompréhension de Sam par Sam,
incompréhension qui s’en va grandissante au fur et
à mesure que le temps passe.
Eté transféré vers un hôpital psy –
un vrai celui là, avec des cris, des portes qui claquent,
des propos incohérents, des rires sans sens, des violences
inattendues.
Cet endroit n’est pas fait pour moi et je ne souhaite plus
qu’une chose : me retrouver seul avec moi-même et mon
univers.
Ce qui est prévu pour le 9 janvier sauf imprévu toujours
possible.
Je ne regrette pas l’expérience vécue, elle
m’a appris bien des choses, la plupart douloureuses mais réelles.
Mais je n’aspire plus désormais qu’à retrouver
mon énergie éteinte.
Pour le moment…
14 décembre 05 –
10 heures 30
La vie ici poursuit un cours désormais plus ou moins découvert
et les jours sont balisés de points forts plutôt dérisoires
qui, mis à part les visites des psychiatres sont tous orientés
bouffe : heure du ptit dèj, heure du dèj, heure du
goûter, heure du bouffer du soir…
Quelques autres activités sont proposées qui feraient
rougir de ridicule un enfant en bas âge : époque de
Noël oblige, il s’agit ces temps ci de tracer des étoiles
de David et de les colorier. Ensuite il convient de les découper
(aux ciseaux, bon Dieu, pas de cutter, c’est une clinique
psy, faut pas déconner). Après la découpe il
s’ensuit la dépose, soigneusement, sur chaque porte
de l’établissement. Passionnant, comme on voit. Pas
vraiment enrichissant intellectuellement parlant mais c’est
ainsi…
Personnellement, j’ai choisi de faire l’impasse sur
cette activité, que je juge un peu, heu… neuh neuh…
Pas vous ? Prenez rendez-vous, dans ce cas, je vous souhaite un
bon pied, tant au traçage qu’à la découpe
des étoiles. Moi je le sens pas.
@ bientôt.
Sam
13 décembre 05 – 20 heures 30
C’est très curieux.
J’ai rarement autant eu l’impression d’être
un extra-terrestre. L’heure du repas du soir, dans un mix
de self service et de réfectoire d’école m’est
difficile à supporter. J’expédie rapidement
l’ingestion d’une cuisine d’hôpital pour
fuir ces gens qui semblent goûter leurs compagnies mutuelles.
Tout le monde semble plus ou moins se plaire, s’entendre,
ou tout au moins se satisfaire de cette ambiance faite d’accros
à quelque chose (drogues, alcool, médicaments…),
de dépressifs qui se soignent et de beaucoup d’autres
gens dont le problème ne se voit pas à l’œil
nu. Et moi, Sam, je suis au milieu de ces gens à me poser
cette question, que tout le monde s’est posée un jour
: « Mais qu’est ce que je fous là ?… ».
Sauf que je n’ai aucune réponse à me proposer.
Les soirées sont sensées se passer pour la plupart
des patients dans une vaste pièce communément appelée
« fumoir ».
C’est là qu’est l‘ambiance. Quelques groupes
de gens, plusieurs taciturnes, moroses ou bien gais, rieurs…
Tout ceci me donne la chair de poule.
Si cette clinique a pour but de reconstruire une faculté
d’avoir un lien social, les choses vont de mal en pis en ce
qui me concerne, car j’ai de plus en plus tendance à
fuir mes congénères – ceux là tout au
moins.
Ca ira mieux demain.
Bonne soirée, je vais bouquiner, seul, regarder un dvd (vive
les portables HP, bis).
Aparté comique d’un accro à l’informatique,
je viens seulement à l’instant de réaliser qu’HP
c’était pour beaucoup de gens un acronyme d’hôpital
psy et non d’une marque connue de matos informatique.
Rigolo, non ?
13 décembre 05 –
13 h 30
Brrrrrrrrrr !!
On en voit de vertes et de pas mûres dans le secteur.
Fallait s’y attendre, je ne suis pas dans une clinique de
repos mais une clinique psy. Les gens qui sont ici ne souffrent
pas tous du syndrome de l’internetite aiguë, maladie
moderne si elle existe.
J’ai eu le temps de me familiariser avec des histoires absurdes,
des galères sans nom ou des épisodes à vomir
mais d’une banalité monstre. J’ai commencé
à fréquenter les séquelles encore vivantes
de la banale guerre du quotidien.
Patrick, tenez, Patrick.
Au moment où j’écris ces mots je suis encore
tout retourné par son histoire, pourtant d’une quotidienneté
usée à la corde. Ils ne parlent même plus de
ce genre de choses, aux infos. C’est d’une atroce banalité
tellement ordinaire que ce type de nouvelle n’intéresserait
personne.
Ce gars de 32 ans travaillait dans une usine, la même que
sa femme. Congé maladie temporaire pour lui. Elle commençait
tôt le matin mais il s’est levé pour l’embrasser
avant son départ. Avant de se recoucher. Sa femme a emmené
leur petite fille chez la nounou avant le boulot, comme tous les
jours de leur vie.
Patrick, lui, il s’est fait réveiller 2 heures plus
tard, par le maire et l’adjoint au maire, sa femme venait
d’avoir un accident de bagnole. Décédée,
mon vieux, décédée, désolés,
condoléances, etc. 10 ans de vie commune emportés
par un autre type qui conduisait sans alcool, ni médicaments
ni toxique d’aucune sorte. Un type qui, d’après
ses dires conduisait paisiblement, à 90 km/heure et qui a
raté un virage, au volant de sa 406 turbo, qui a propulsé
la voiture de la femme de Patrick très loin du lieu de l’accident.
C’était le 2 avril 05 à Spézet, dans
le Finistère.
Il a tout cassé ce qu’il a pût, Patrick, toutes
les vitres communes de son immeuble y sont passées, à
coups de poings, de tête, de pieds.
Après il a commencé à picoler sévère.
Il a paumé son permis, bien sûr et la garde de sa fillette,
et maintenant il est ici, dans cette clinique, pour essayer de continuer
de vivre malgré tout ça.
Il est ici, à 2 chambres de la mienne, allongé sur
son lit, à écouter de la zique pendant que je tape
ces mots.
Il attend le jugement et il l’attendra le nombre de semaines
nécessaires.
Il sait où habite l’assassin, le même bled que
lui.
Il ne l’a encore jamais vu, cet assassin, ne lui a donc jamais
parlé.
Il attend le jugement.
Mais après…
Il n’a plus rien à perdre, sa vie elle est foutue comme
on dit dans les chansons d’Edith Piaf.
Il n’a même plus de liberté à perdre,
juste une pensé lancinante, haletante : le salaud va payer.
Il m’a dit : « J’ai de la patience et j’ai
tout mon temps, maintenant. Le jour où il ne s’y attendra
pas… »
Il n’a pas poursuivi, ce n’était pas nécessaire.
Bref tout ça n’est pas gai.
Pas vraiment fait pour remonter un moral (le mien) qui, au demeurant,
se porte bien, lui.
C’est juste que le côtoiement de la vie au-delà
du web est désarmant. C’est plein de douleurs diffuses,
de stockage de maux.
Je ne suis pas sûr d’avoir grand chose à gagner
à rester ici.
Un avenir proche m’en apprendra sans doute plus à ce
propos.
Le 12 décembre 05 – 10
heures
Ha ben, voici du new, de l’innovant.
Ce Sam, vous entends-je marmonner, y peut rien faire comme tout
le monde. Dès qu’il agit un peu, dès qu’il
pond quelque chose, l’inattendu survient sous une forme ou
sous une autre. Sous celle d’un fantôme ou celle d’un
spectre ou autre. Mon Paradis, c’est l’imprévu
à chaque carrefour, le coup de boule dans toutes les cagoules.
Je réponds d’emblée : « Ca fait partie
de mon charme. ». Et je rajoute : « Na !! ».
Ne vous en prenez qu’à vous !! Fallait pas venir au
Paradis. Fallait pas goûter au fruit défendu.
Saloperie de pomme.
Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, mon Paradis
perso l’est de déchéances et de résurrections.
N’allez pas me la faire à l’étonnement
: la résurrection, c’est le point fort de tous les
Paradis, non ? Le mien fait partie de ceux-là, en tous cas.
Nulle place ici pour un paradis banal coutumier, pèpère
mèmère, monotone statique, bâtit de petits riens,
de laitances laiteuses, de tv-boulot-métro-dodo-baiser-bobonne
le samedi, (de préférence, le samedi, c’est
repos le dimanche. Y a le jour du seigneur pour se digérer
les émotions, aussi fugaces soient-elles).
J’écris ces mots d’une clinique psychiatrique.
D’où le préambule, comprenez-vous ?
Ici les dimensions sont étranges. Celle du temps, par exemple.
Il ne manque pas. C’est assez curieux à vivre. Etrange
sensation, un machin venu d’ailleurs comme on dit dans certaines
pubs. On peut clavioter sans remord envers le boulot qui passe,
le temps attend, pour peu qu’on ait le matériel nécessaire,
ce qui est mon cas (merci HP et ses portables).
Connexion web impossible, par contre, Sam est coupé du monde.
Coupé du vrai monde, le votre, celui de ceux et de celles
qui lisent ces messages, m’envoient des mails, coupé
du TRAVAIL A FAIRE, QUOI QU’IL EN SOIT, QUOI QU’IL EN
COÛTE ET QUI EST A FAIRE, NOM DE DIEU DE NOM DE DIEU.
Paresse cérébrale, cachetons-laxatifs pour l’intellect.
Ne rien faire, quand on ne connaît pas ça, a des effets
étranges.
Un genre de vacuité désarmant, comme après
une intense chiasse. Et ça fout la trouille, aussi, on sent
comme une stérilité qui guette, pas une sorte de mort,
non, ça, la mort, on sait ce que c’est, on la connaît,
on vit avec depuis qu’on naît. Juste : rien. Rien dans
le sens du contraire à quelque chose à n’importe
quoi pourvu que ce soit.
Ici, juste : rien, que dalle.
Penser ? Réfléchir ? Mouaich…
J’imagine que c’est le but du jeu pour ce qui concerne
pas mal de « patients » (jamais un malade n’aura
aussi bien mérité ce terme).
Moi je triche. J’écris. Et j’écris utile.
La preuve c’est que vous lisez (ne dites pas non, je le sais
que vous lisez :o)).
J’arrive à peine dans cet endroit curieux.
Pas encore grand chose à vous en dire.
Plus prolixe la prochaine fois.
Sans faute.