Ça
aurait put s’appeler «Étranger au Paradis»,
avec des latitudes longues comme des éclats de trompette,
quant au sens. Être un étranger au Paradis ou être
étranger au Paradis ? Être ange et au Paradis ? Êtreétrange
et au Paradis ? Bref ça aurait put s’appeler ainsi.
Et bien non. J’ai préféré vous souhaiter
la bienvenue. Dans mon Paradis à moi. Mais je ne baisse
pas les bras, étrange est mon Paradis…
Fantastique, je dis, merveilleux.
Z'avez vu? Y fait beau, y fait bleu. Un soleil miroitant de mille feux darde ses
rayons étincelants sur dame nature, épanouie.
La phrase ci-dessus, c'est du français correc
et réguyer, à la "Da Vinci Code" (le bouquin).
C'est joli, bien sûr, mais... déjà lu, non?
En français perso ça donnerait plutôt un truc du genre: Mille et un feux d'un soleil épanouit
fouettent ardemment une dame nature qui rosit de plaisir et la pâquerettent
à tout rompre.
Bon.
Je devine que l'usage du verbe "pâqueretter" dans cette
phrase vous interloque (et paf, une étrangeté. Faut vous
dire que je milite activement pour la réhabilitation du verbe "interloquer",
de nos jours injustement réduit au rôle accessoire d'adjectif.
Je suis pour l'égalité des chances, politiquement, socialement
et linguistiquement parlant. Il faut se battre pour que chaque mot ait
un avenir).
Bref, le verbe pâqueretter, qui ne trouve pas son origine dans l'anglais
- to packret - est un néologisme spontané et perso. Je ne
vous en voudrais pas si vous ne l'utilisez pas de façon régulière,
pas de problème, pas de ça entre nous. N'envenimons pas
des relations déjà houleuses par une fierté mal placée
(encore que ma fierté ne soit pas du tout située à
cet endroit là).
Pâqueretter, donc (on va y arriver), est un verbe printanier s'il
en est, qui signifie en quelques sortes: profiter sympatiquement, blanchamment
(blanchamment est un nouvel adverbe qui signifie: "d'une blancheur
pâquerette". Vi, j'ai écrit "blancheur pâquerette",
on dit bien "bleu marine", "vert émeraude"
ou "jaune cocu", pourquoi pas "blanc pâquerette"?
Un peu d'inovation ne nuit pas. Et puis c'est quand même plus joli
qu'une "blancheur immaculée", non? Immaculée...
pfff... y m'a quoi?), blanchamment donc, et piedemment (alors donc, "piedemment"
est un adverbe utilisé pour désigner l'attitude d'un individu
prenant son pied (note aux incultes, pfff)) d'une météo
avenante.
User du beau temps pour en prendre du bon, si on veut simplifier les choses,
quel panard, hein, les coco(tte)s?
Je dois préciser que pâqueretter s'utilise de préférence
au présent. Utilisé au passé le verbe "pâqueretter"
ne laisse qu'un bouquet de souvenirs. Si on l'emploie au futur, on se
hasarde à des déconvenues..
Il convient d'éviter "que tu pâquerettasses" qui
présente de facheuses similitudes avec "pétasse",
mot qui n'est pas joli-joli, non.
Je sais que les facéties
ci-dessus n'amusent que moi, mais ainsi c'est: je pâquerrette tout
seul, ce qui, je confirme, est bien moins rigolo qu'à deux.
D'ailleurs, puisque que nous butinons ensemble le flot de nos habitudes
verbales, je voudrais en venir à un problème prononçiaco/attitudo/médical
qui affecte pas mal de gens: le verlan.
Pour ceux qui l'ignoreraient, le verlan est une sorte de dyslexie plus
ou moins volontaire qui provoque une inversion des mots.
J'ai consulté plusieurs riensmairgra (un rienmairgra est un grammairien spécialisé verlan)
à ce sujet.
Fallait s'y attendre, ils sont dithyrambiques: "langage des temps
modernes", "liberté vis-à-vis des usages",
"marquer sa différence", "marquer son appartenance",
"marquer son territoire"...
Pourtant il semble que le verlan ne peut être utilisé qu'avec
des mots de deux syllabes maxi.
Ainsi certains mots, certaines phrases sont-ils intraduisibles.
C'est le cas des mots "hypocondriaque", "subjectivement",
"apocalyptique", "irrationnel" entre nombreux autres.
Essayez avec succès de traduire rapidement "l'hypocondrie
est subjectivement et apocalyptiquement irrationnelle" en verlan
et je vous paie un pot.
Il est à noter que même si vous y parvenez, la phrase n'aura
pas plus de sens en verlan qu'en droitlan.
Obscurité n'égale pas forcément sécurité,
l'habit ne fait pas le moine, si le silence est d'or la parole est d'argent
et qui a bu boira. Et tutti quanti.
Le verlan supporte de nombreuses exceptions.
Ainsi "beau" en verlan, se traduit-il par "beau".
Etonnant, non?
D'autres mots, quant à eux, n'ont tout simplement pas de traduction.
Ainsi "tarpé" se prononce t'il à la française,
c'est à dire comme par vous et moi. Les rienmairgra consultés
m'ont affirmé que ce mot, "tarpé" que nous utilisons
quotidiennement, est en fait un mot verlan passé dans la langue
française (mais j'ai tout de même comme un doute).
Dur à croire, n'est ce pas?
Encore plus dur à croire: le verlan est habile à véhiculer
des images poétiques. Ainsi, en verlan, prendre un apéro
devient tout un opéra.
Rafraichissant, isn't it?
Il n'est pas beau (et parfois pas prudent non plus) de se moquer des handicapés,
aussi ne voudrais-je pas taquiner les gens atteints par le verlan (j'avoue
ignorer comment on les appelle: les verlaniqués? les verlaneux?)
là où ça les démange, mais j'aimerai bien
qu'on prononce rapidement la phrase "C'est ça le souci, Sam,
ça c'est sûr" en verlan devant moi.
Vi, j'aimerais.
Comme ça je pourrais répondre "Je m'en doutais",
poliment.
Mises à part ces nouvelles coutumes, tout suit son cours dans la
vie ordinaire.
Le mundial sali toujours la TV. Pour fêter le coup d'envoi de l'intoxication
mondiale j'ai endossé un maillot de foot, dans le but d'encourager
les joueurs - j'ai dû mettre un maillot blanc, c'est tout ce que
j'avais sous la main, mais c'est l'intention qui compte, dit-on ("l'intention
qui compte" est un fait avèré. Un truc du même
acabi que "qui a bu boira", "l'habit fait pas le moine",
"qui vise plus haut pisse plus loin" (hi hi , ça c'est
un dicton perso, hi hi, tout en finesse, hein?)).
A propos d'intention et de comptes, S., ma banquière, se porte
bien. Je ne sais si mon devenir sentimental a un quelconque intéret
à vos yeux mais je crois pouvoir affirmer que mon crédit
auprès d'elle est encore intact, sinon assuré, vi, parcequ'elle
vend des assurances, aussi. C'est capital à mes yeux, bien sûr,
d'être dans ses petits papiers.
Donc S. doit supporter mes intentions et moi boucher les trous bancaires
(j'ai rajouté "bancaires" pour éluder vos perfidies
graveleuses).
Tout va bien entre nous, par voie de conséquence.
Un dernier petit mot à propos d'une pub TV qui sent bon son lopin
de purin.
Imaginons un coup de fil...
- Allô, oui bonjour?
- Oui, bonjour, je voudrai parler à Alice s'il vous plait.
- Hem... heu... que puis-je faire pour vous, monsieur?
- Vous êtes Alice? Z'êtes pas Alice. Z'avez une voix de mec,
je vous crois pas.
- Je ne suis pas Alice, en effet monsieur, mais je peux vous renseigner,
si vous voulez...
- Ok, alors renseignez-moi et dites-moi où est Alice.
- Mais, enfin, monsieur, je ne peux pas vous passer Alice, Alice n'est
pas là, enfin...!!
- Je me serais trompé de numéro??
- Vous êtes chez Alice ADSL, monsieur, vous ne vous êtes pas
trompé.
- Ha ben c'est cool et je sais qu'Alice c'est la déesse, elle,
je l'ai vue à la télé. Alors maintenant passez-moi
Alice.
- ... désolé, monsieur, je ne peux rien pour vous...
- Ha... Alice est peut être occupée sur une autre ligne?
C'est con ça...
- Ce temps de communication vous est facturé, monsieur, si je peux
faire quelque chose pour vous...
- Oui vous pouvez! Dites lui comment qu'elle a l'air bonne, putain, comment
qu'elle a l'air bonne, dites lui bien...
C'est quand même beau, l'amour. Ca pousse à de ces amusantes
extrémités, parfois...
Juillet, amour, chaud soleil, bel été... c'étaient
donc les mots clé de ce samedi.
Bonne fin de journée, bécottez-vous sérieux et see
you soon.