Ça
aurait put s’appeler «Étranger au Paradis»,
avec des latitudes longues comme des éclats de trompette,
quant au sens. Être un étranger au Paradis ou être
étranger au Paradis ? Être ange et au Paradis ? Êtreétrange
et au Paradis ? Bref ça aurait put s’appeler ainsi.
Et bien non. J’ai préféré vous souhaiter
la bienvenue. Dans mon Paradis à moi. Mais je ne baisse
pas les bras, étrange est mon Paradis…
29 novembre
05 - 10:50
- Tu sais, toi, Sam, je sais que tu sais...
J'ai replongé le nez dans mon café et ai fait mine
de regarder les gens, attablés autour de nous, sur cette
terrasse de bar. Chacun avait son truc à faire. Un vieux
monsieur potassait un journal, une mère de famille expliquait
à ses petits que non ils n'auraient pas de glace...
- 10 ans qu'on vivait ensemble... 10 ans de perdus...
Plus loin, à l'intérieur du troquet un type s'enfouissait
le nez dans la mousse d'un verre de bière et une personne
sortait furtivement des toilettes.
- Elle n'avait plus rien à m'apporter...
Je n'ai rien répondu à Marco qui m'avait coincé
à un angle de rues et qui éprouvait le besoin de s'épancher
les états d'âme. Il venait de rompre avec sa nana et
c'est moi qui payait les pots cassés.
En fait je ne suis pas sûr d'avoir compris qui avait rompu
avec qui mais l'un avait rompu avec l'autre, en tous cas et l'addition
était pour ma pomme.
- Faut pas cracher dans la soupe que t'as bue pendant 10 ans, Marco,
j'ai dit bien connement. C'est trop tard.
- Et qu'est ce qu'elle va faire, maintenant, hein? Tu peux me dire
ce qu'elle va faire.?
- Ben elle va se relever, Marco. C'est bien
toi qui l'a laissé tombée, hein?
- Ouaip, y en avait marre.
- Alors je ne vois pas pourquoi tu te poses toutes ces questions.
A la limite ça ne te regarde plus.
- Je ne voudrais pas qu'il arrive du mal à Marianne pour
autant.
Le ciel était bleu, les mouettes volaient dans le ciel, tout
était bien cool, dodu comme une promesse de vacances.
- T'as rompu pourquoi, à part que tu t'emmerdais avec elle,
Marco?
Silence de l'intéressé, confus et appliqué
à sa réflexion, les paumes des mains sur les tempes.
J'en ai profité pour commander du café au serveur
et son inséparable plateau.
- 2 autres sky s'il te plait...
- J'en pouvais plus...
- Tu l'as déjà dit... Ce serait pas elle qui se serait
tirée, quelques fois...
Silence parasité par la dépose des whiskies devant
nous. Un des inconvénients des garçons de café,
dans les petites villes de province est qu'ils ont l'oreille bien
pendue et le verbe facile. La méfiance est de mise.
- Non, c'est pas elle... enfin...
L'apparition du mot "enfin" dans cette discussion ouvre
une porte à un avenir d'un autre ton. Je sens que je n'ai
pas finir de boire du sky, aujourd'hui, et pourtant Dieu sait que
j'ai beaucoup plus intéressant à faire.
- En fait c'est moi qui l'ai foutue à la porte. Cette cruche
s'est mise à préfèrer les femmes. Comme ça
là, comme on boit un verre, comme on mange un steack. J'ai
levé le drapeau blanc, fallait bien trouver un terrain d'entente,
j'avais pas les armes pour combattre ça. Ce genre d'envie,
tu peux pas lutter contre quand t'es un mec.
- Ok.
J'avoue que mon ok était un peu laconique, mais qu'aurais-je
pû dire? Vive la vie? Vive l'espoir? Vas crever locdu? Je
lui en veux pas, à Marco, j'en veux à personne, chuis
comme ça moi, je ne souhaite la mort d'aucun petit cheval,
les choses sont comme elle sont, c'est tout.
- Marianne est vraiment une salope, a ajouté Marco.
J'ai pas relevé, pas insisté.
Mais je l'ai quand même assez mal pris. Préfèrer
les femmes ne fait pas d'elle une salope, ai-je pensé.
Je lui ai dit qu'il en trouverai d'autres et toutes ces bétises
qu'on dit dans ces cas là car j'avais envie de me débarrasser
de lui et qu'il aille écluser ses scotches ailleurs.
Pour que je puisse enfin rentrer chez moi.
Enfin tranquille.
Et aussi pouvoir, enfin tranquille donc, raconter à Marianne
la ridicule discussion que je venais d'avoir avec son ex...